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Congrés d'Alliance Québec Enfin minoritaire! par Philip Préville Note de la rédaction: Nous avons demandé au chef de la section actualité du Mirror de commenter en nos pages l'élection de William Johnson à la présidence d'Alliance Québec. Philip Préville (anglophone malgré l'accent aigu) prend donc cette semaine la place de Mark Fortier (francophone malgré le k). Vous pouvez lire les commentaires de ce dernier sur le même sujet dans les pages du Mirror.
Petit jeu-questionnaire politique: quel est l'auteur de cette citation? a) Jacques Parizeau; b) Josée Legault; c) Peter Scowen; d) William Johnson; e) Sir John A. Macdonald. La réponse est -- ô surprise! -- e). C'est Macdonald, en effet, qui adressa en 1856 cette sévère réprimande aux très hargneux commerçants britanniques de Montréal. Dans le but, vous l'aurez deviné, de les rappeler à l'ordre en leur faisant comprendre de quelle nature devaient être leurs relations avec la majorité francophone du Québec. La fin de semaine dernière, William Johnson, ancien chroniqueur de la Gazette et auteur d'un essai intitulé Anglophobie: Made in Quebec, est devenu le nouveau président d'Alliance Québec (AQ). Ce faisant, ce parti semble avoir confirmé un préjugé fort répandu chez les francophones, à savoir que, 142 ans après la déclaration de Macdonald, les anglophones n'ont toujours pas accepté qu'il est légitime que la majorité gouverne au Québec. Toutefois, les francophones qui s'entêtent à croire que les anglophones n'admettent toujours pas le fait qu'ils forment une minorité devraient se posent la question suivante: si les anglos québécois pensent toujours qu'ils font partie de la majorité, pourquoi agissent-ils de plus en plus comme si leur communauté était assiégée? En plus d'élire William Johnson, les délégués d'AQ se sont également concocté un nouveau programme. Les résolutions adoptées stipulent, entre autres, que l'anglais est une des langues officielles du Québec, que les anglophones vont refuser d'être pris en «otage» par un État québécois criminel (souverain) et exiger que le prochain référendum soit chapeauté par des observateurs des Nations Unies, et que la Charte de la langue française fasse l'objet d'une nouvelle guérilla juridique. Curieux, n'est-ce pas, que ces résolutions? En temps normal, la majorité ne s'inquiète pas d'être prise en otage; d'habitude, c'est elle qui effectue les prises d'otage. Seule une minorité s'inquiète d'une telle chose, et encore faut-il qu'elle soit bien paranoïaque. Être minoritaire signifie avant tout comprendre les limites de son pouvoir politique, être conscient qu'il faut constamment harceler la majorité pour qu'elle n'oublie pas votre existence et, finalement, savoir qu'il faut se défendre, généralement en cour, contre les abus du pouvoir. C'est entre autres pour cela que les tribunaux existent, ce qui explique d'ailleurs que les minorités les utilisent si souvent. Du coup, toute indignation des francophones devant l'éventualité d'une autre contestation juridique de la loi 101 serait pure suffisance de leur part. C'est une minorité que vous vouliez, c'est une minorité que vous avez eue. Faudrait tout de même pas s'en plaindre, maintenant! Par ailleurs, de manière encore plus tordue, le congrès d'AQ a aussi convenu de faire parcourir le Québec à William Johnson pour qu'il «effectue une réconciliation historique longtemps attendue avec le Québec francophone». C'est peut-être la meilleure idée qu'ait eu AQ depuis longtemps. Cependant, on se demande bien qui a été assez illuminé pour croire que William Johnson puisse être le pacificateur de notre guerre linguistique! Qui va écouter cet homme? C'est un peu comme si la communauté francophone faisait de Jacques Parizeau son émissaire afin de rétablir les liens avec les groupes ethniques. Dommage qu'AQ ait choisi le mauvais gars pour cette tournée de réconciliation. Comme l'a déjà écrit le prestigieux Globe and Mail, les résolutions d'AQ risquent surtout de mettre «les francophones en colère». Considérons, par exemple, la première résolution du nouveau programme d'AQ: «Qu'il soit reconnu et proclamé que l'anglais est une langue officielle du Québec; que ce n'est pas juste "une autre langue", [mais] une langue étrangère, une part de son histoire, de sa substance, de son identité». La première partie de la résolution est très discutable, voire sujette à controverse. Mais la seconde partie, qui porte sur la nature de la société québécoise, semble parfaitement raisonnable. Or, si la seconde partie du texte est raisonnable, on est en droit de se demander ce qui ne va pas avec la première! Du moins, en théorie? Si, comme Lucien Bouchard s'évertue à le clamer tout partout, «nous sommes tous des Québécois», reconnaitre que l'anglais est partie prenante de l'identité québécoise ne devrait pas être problématique. Malheureusement pour William Johnson, et pour nous tous, l'identité d'une communauté politique n'est forgée ni par les tribunaux, ni par les textes de loi.
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